Masters du déguisement : une journée avec les phasmes géants de l'insectarium
Photo: Stephan M. Höhne, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
9 heures, la serre tropicale est encore moite de rosée. Sandrine, soigneuse à l'Insectarium depuis huit ans, soulève délicatement une branche de goyavier. Rien à signaler. Et pourtant, une dizaine de phasmes géants s'y agitent, invisibles au premier regard. « C'est tout leur art, sourit-elle. Nous, on finit toujours par les voir. Les visiteurs, eux, il faut leur montrer du doigt. »
Des insectes qui se prennent pour des feuilles
Les phasmes pratiquent le mimétisme végétal à la perfection. Certains ressemblent à des rameaux secs, d'autres à des feuilles fraîches aux nervures dessinées au millimètre — les fameux phasmes feuilles. Quand le camouflage ne suffit pas, ils enchaînent avec une parade dite de « l'écrevisse » : redressés, pattes tendues, ils imitent une brindille secouée par le vent.
À l'insectarium, ce sont les stars discrètes de la visite. Les enfants s'arrêtent net devant la vitrine : « Il est où ? » est sans doute la question la plus entendue de la journée.
La cuisine des géants
L'élevage commence par la table. Nos phasmes se nourrissent exclusivement de feuillage frais : goyavier, framboisier, manguier. Chaque matin, les branches sont coupées, lavées et placées dans des réservoirs d'eau — jamais traités aux pesticides, car ces insectes sont d'une sensibilité extrême aux produits chimiques.
L'entretien de l'habitat tropical demande une attention constante : température stable autour de 24 °C, hygrométrie élevée obtenue par brumisation régulière, ventilation douce. Un environnement qui rappelle leurs forêts d'origine, à Madagascar notamment pour certaines espèces que nous présentons.
Une reproduction en captivité qui tourne tout seule (presque)
Bonne nouvelle pour les soigneurs : la plupart des phasmes femelles se reproduisent par parthénogenèse. Aucun mâle nécessaire — les femelles pondent des œufs qui donnent naissance à des clones féminins. Ces œufs, minuscules graines souvent dispersées au sol, sont régulièrement collectés et installés sur un substrat humide.
Quelques mois plus tard, les bébés — aussi grands qu'un grain de riz — percent leur coque. Ils passeront par cinq à six mues avant d'atteindre leur taille adulte, parfois plus de 15 centimètres pour les plus grandes espèces. Chaque mue est un moment critique : l'insecte, suspendu tête vers le bas, attend que sa nouvelle carapace durcisse.
Des ambassadeurs auprès des écoliers
Chaque semaine, des classes de l'île défilent dans la salle pédagogique. Là, pas de vitrine : les enfants peuvent poser une phasme sur la main. Un contact étonnamment doux, presque mousseux.
« Quand un gamin de six ans comprend qu'un animal peut survivre en ressemblant à une branche, il vient d'apprendre ce qu'est l'adaptation », résume Sandrine. C'est tout l'enjeu : ces déguiseurs vivants ouvrent la porte à des notions scientifiques — sélection naturelle, biodiversité, rôle des insectes tropicaux — sans leçon magistrale.
Et à la maison, ça se tente ?
Le phasme est d'ailleurs un des rares insectes adaptés à un élevage scolaire ou familial : végétarien, inoffensif, silencieux. Nos équipes conseillent volontiers les familles et enseignants qui souhaitent se lancer, avec un kit de démarrage et des espèces faciles comme le célèbre Carausius morosus.
Rendez-vous à l'Insectarium pour découvrir nos caméléons à six pattes — et tenter le défi : les retrouver du premier coup d'œil.