Chez nous, chez elles : comment les criquets et sauterelles s'invitent dans les jardins créoles
Photo: CIAT, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
Vous connaissez ce son ? Ce « cri-cri » lancinant qui monte du jardin dès que la chaleur retombe, ou cette stridulation aiguë qui semble venir de partout et de nulle part ? À La Réunion, impossible d'échapper aux orthoptères : criquets, sauterelles et grillons font partie du paysage sonore créole, autant que les coqs du voisin ou la mer au loin. Et pourtant, peu d'entre nous savent les distinguer. Bonne nouvelle : c'est justement un jeu d'enfant… enfin, un jeu d'oreille !
D'abord, qui chante quoi ?
Petite leçon express avant de sortir au jardin. Les trois grandes familles que vous croiserez chez nous se démarquent surtout par leur silhouette et leur moment de prédilection.
- Les grillons : petits, noirs ou bruns foncés, ils adorent se cacher près du sol, sous une pierre ou une souche. Ce sont les chanteurs du soir, avec un son grave et rythmé, le fameux « cri-cri ».
- Les sauterelles : longues antennes fines dépassant largement le corps, pattes arrière de sauteur olympique. Elles sont plutôt végétariennes et se repèrent souvent sur les feuilles, où leur chant ressemble à un frottement régulier, presque mécanique.
- Les criquets : antennes courtes, corps plus trapu, ils se laissent volontiers éclabousser par le soleil sur la pelouse. Leur « chanson » est plutôt un crépitement bref quand ils décollent ou s'appellent en plein jour.
Astuce de naturaliste : chez les orthoptères, ce sont les mâles qui chantent, en frottant leurs ailes (parfois leurs pattes, selon l'espèce) pour attirer les femelles. Un vrai concert de séduction, version tropicale.
Le jeu des milles stridulations
Voici une activité parfaite pour une fin d'après-midi en famille, quand la chaleur retombe sur le litoral ou dans les hauts.
- Installez-vous confortablement dehors, chacun avec un carnet et un crayon.
- Fermez les yeux trente secondes et essayez de compter combien de « voix » différentes vous entendez.
- Décrivez chaque son avec vos propres mots : grave ou aigu ? lent ou rapide ? continu ou par à-coups ?
- Ensuite, à la lueur d'une lampe torche, partez doucement vers le son. Les grillons se figent quand ils se sentent observés : patientez, ils reprennent vite.
Les enfants adorent ce jeu de piste sonore. Et vous serez surpris de constater qu'un jardin banal peut accueillir cinq ou six espèces différentes sans qu'on ne les ait jamais vraiment regardées.
Faut-il les chasser ou les accueillir ?
Question qui revient souvent au comptoir de l'insectarium : « Mon cousin dit que les criquets mangent tout le potager, c'est vrai ? » Réponse nuancée : quelques criquets grignotent effectivement des feuilles, mais la grande majorité des orthoptères de nos jardins se contente de brins d'herbe et de fleurs sauvages. En petite quantité, ils sont surtout… un maillon essentiel de la chaîne alimentaire, au menu des lézards, des oiseaux et des araignées.
Pour les accueillir sans qu'ils s'invitent à la salade :
- Laissez un coin sauvage : une bande d'herbes hautes au fond du jardin, jamais tondue, leur sert de refuge et de garde-manger.
- Plantez des graminées ornementales : bambou nain, herbes de la pampa, ils adorent.
- Évitez les pesticides : inutile de préciser que le traitement chimique fait un bras d'honneur à tout l'écosystème.
- Installez un « hôtel à grillons » : quelques tuiles posées à même le sol, à l'ombre, et vous offrez un logement de standing au premier venu.
Le saviez-vous ?
La température influence le tempo des stridulations : plus il fait chaud, plus le chant s'accélère. Certains passionnés arrivent même à estimer la température ambiante en comptant les sons émis par minute. Un thermomètre à pattes, en somme ! Alors ce soir, tendez l'oreille : le concert commence à la tombée de la nuit, et l'entrée est gratuite.