Blindés, brillants, indispensables : l'incroyable famille des scarabées de La Réunion
Photo: skitterbug, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Si vous ne deviez retenir qu'un seul chiffre de votre visite à l'insectarium, ce serait celui-ci : près d'un insecte sur quatre décrit sur Terre est un coléoptère. Plus de 380 000 espèces recensées, et probablement des centaines de milliers à découvrir encore. Autrement dit, quand la nature a voulu expérimenter toutes les formes de vie possibles, elle a commencé par les scarabées.
Une armure qui a tout changé
Le mot « coléoptère » vient du grec koleopteros, « à ailes gainées ». Et c'est bien là leur astuce géniale : sous leurs élytres — ces deux carapaces dures qui forment une sorte de cuirasse — se cachent des ailes membraneuses, repliées comme des origamis miniatures. Résultat : ils peuvent voler, mais aussi se glisser sous les écorces, s'enfouir dans le sol, traverser la saison sèche sans dommage.
C'est cette protection qui explique leur succès planétaire, y compris chez nous. À La Réunion, l'isolement de l'île a produit des espèces endémiques remarquables, surtout en altitude, dans les forêts du Parc national.
Les stars de nos forêts
Le lucane cerf-volant. Avec ses mandibules immenses — chez le mâle, elles ressemblent à des bois de cerf, d'où son nom — c'est le plus grand coléoptère de nos contrées. Rassurez-vous, ces « pinces » servent surtout aux duels entre mâles pour séduire les femelles. Leurs larves passent plusieurs années à dévorer du bois mort, cachées dans les souches. Si vous en trouvez une, c'est le signe d'une forêt en bonne santé !
Les buprestes. Ce sont les bijoux de la famille : des carapaces aux reflets verts, cuivrés ou bleu électriques qui semblent taillées dans le métal. Les créoles les appellent parfois « cœurs de Marie » ou les utilisent dans des bijoux artisanaux. Leurs larves creusent des galeries dans le bois, contribuant à sa décomposition.
Les scarabées bousiers. Moins glamour en apparence, mais héros discrets de nos paysages : ils enterrent les excréments, fertilisent les sols et limitent les parasites du bétail. Sans eux, les prairies s'asphyxieraient.
Les éboueurs dont on ne peut pas se passer
On les croque souvent dans les dessins animés, mais les coléoptères sont les agents sanitaires de la nature. Bois mort, feuilles, champignons, déjections : une part considérable de ce « désordre » est recyclée par leurs mandibules et leurs larves. Ce travail de fourrière géante nourrit les sols, régule les maladies et permet aux arbres de se régénérer.
Une leçon à retenir en famille : une forêt propre comme un salon n'est pas une forêt vivante. Laissez donc une souche, un tas de branches au fond du jardin — vous ouvrirez une crèche à lucanes.
Chasse au trésor à l'insectarium
Envie de les voir de près ? Voici nos pistes :
- La vitrine des élytres : comparez les textures, les tailles, les reflets — un vrai jeu de « devine qui je suis » pour les plus petits.
- L'atelier loupe : nos médiateurs vous apprennent à observer un scarabée sans le manipuler, et à repérer les indices de sa présence (trous de sortie dans le bois, galeries, crottes de farine de bois).
- La sortie « bois mort » : en saison, nous organisons des explorations guidées dans les forêts de l'île, jumelles et lampes frontales de rigueur.
Le réflexe malin : venez avec un carnet. Dessiner un scarabée, c'est le meilleur moyen de vraiment le regarder. Et vous repartirez avec la conviction, que nous partageons chaque jour ici, que les plus grandes merveilles de la nature portent parfois une simple armure noire et brillante.